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Le couple: entre inconscient et réalité

Dans nos sociétés, le couple apparaît comme une évidence.  Il est une tradition culturelle et religieuse, voire biologique, un facteur d’intégration  et d’adhésion à un conformisme social, gage absolu de la perpétuation de l’espèce humaine.

Cependant, le couple est traversé de crises au sein desquelles, il doit souvent se redéfinir pour pouvoir subsister : crise économique, éducation des enfants, perte d’un emploi, expatriation, etc.

En effet, l’expatriation est un facteur qui peut mettre le couple à rude épreuve et accentuer tous ces facteurs. Elle force le couple à se redéfinir, ce qui peut engendrer pour certains une crise profonde.

Le couple et l’inconscient

En réalité, pour beaucoup d’entre nous, le couple est loin d’être une évidence.Même s’il est porteur de rêve, de sécurité, et d’amour éternel…

Bien souvent au début d’une relation, un sentiment de complétude nous envahit. C’est la certitude de ne plus jamais être seul, de traverser la vie à deux : échange, promesse de bonheur.

Notre désir inconscient de fusion, né de, l’inévitable séparation d’avec notre mère qui veillait à la satisfaction à tous nos besoins, se manifeste avec force. Nous cherchons alors un  « autre » capable de les satisfaire dans une forme de recherche de ces moments perdus.

Les premières années de la vie d’un couple se déroulent souvent dans la certitude que tous nos désirs seront à nouveau satisfaits.

C’est l’effet, « lune de miel »,  né des échanges nouveaux avec l’être aimé. Tout nous semble merveilleux et nous sommes portés par ce couple, investis de la promesse d’être heureux pour toujours.

Au début, c’est souvent la  rencontre de deux inconscients, chacun chargé de son histoire personnelle, c’est le moment des échanges passionnés.

La rencontre de deux inconscients… Là se trouve, peut-être, le piège, car on ne choisit jamais son alter ego par hasard, mais bien souvent en fonction de son histoire personnelle. Nous portons en nous un autre couple, celui de nos parents, et la plupart du temps, notre choix se forme en accord ou en désaccord avec ce que nous avons vécu au sein de celui-ci.

Le couple a une fonction réparatrice que nous ne  devons pas ignorer. Et cet « effet lune de miel » qui soude les prémices du couple, apporte souvent l’assurance trompeuse que tous nos désirs, frustrations, sentiment d’incompréhensions, blessures d’enfance seront enfin colmater à jamais par cette réunion improbable !Forts de cette nouvelle assurance,  nous nous sentons capables de tout ! Plus rien de nous fait peur !

Cependant, ce sentiment de toute puissance initial du couple, ne peut empêcher l’inévitable, la douloureuse rencontre avec l’épreuve de réalité qui signera, une fois surmontée, l’assurance de la longévité du couple.

Rupture, divorce et trahison.

Sortis de cette phase de lune de miel, l’inconscient cède peu à peu la place au conscient, nos yeux sont à présent grands ouverts. Nous nous heurtons alors à la véritable rencontre psychique avec cet « autre » qui tout à coup nous apparaît au grand jour, si différent de nous.

Surgit enfin l’épreuve de réalité, et peut-être la véritable rencontre ave son conjoint.

Chacun, sorti de son émerveillement, porté par l’alchimie des débuts, se retrouve face à sa solitude et ses lacunes.

Non, cet autre si différent n’a pas de pouvoirs surnaturels, comme dans les contes de fée de notre enfance et ne pourra jamais combler notre vide, nous sauver.

Ce sentiment de vide, qui signe l’incomplétude de la condition humaine, est propre à chacun et c’est à nous et à nous seuls de pouvoir en faire quelque chose. Nous sommes seuls responsables de notre propre épanouissement même si  évidemment le couple y contribue.

Nous sommes seul maître de nos destinées et seul capable de pouvoir choisir le ou les rôles qui nous combleront tout au long de notre vie. Travail, loisirs, sport, causes humanitaires, choix de se consacrer entièrement à l’éducation des enfants… Tout cela est possible mais le couple à lui seul ne donne pas tout son sens à la vie.

Trop de gens font cette erreur et la multiplication des désillusions et des divorces en ait la meilleure preuve. Ils ne supportent pas la chute douloureuse, fruit de la dissipation de « l’effet de lune de miel ».  Sortis de cette phase symbiotique initiale, où l’autre n’est plus tout, certains choisissent alors la séparation ou la trahison.

Cependant, il est dès lors très probable que ces êtres « inconscients », drogués à l’effet lune de miel risquent de passer de désillusions en désillusions et de séparation en séparation à la recherche d’une impossible symbiose.

Le couple et la réalité

Et pourtant, nombre d’unions ont résisté à l’épreuve de réalité, nécessaire et salvatrice.

La rencontre avec l’autre, différent de nous, est inévitable et la magie des premiers instants doit laisser peu à peu, place à la réalité.

Dans chaque choix de vie, il y a une partie inconsciente, et une partie consciente qui est elle en réelle adéquation avec nos besoins.

Plus le degré d’épanouissement a été faible au sein de notre propre cellule familiale,  et plus la construction de notre identité a été difficile et chancelante, plus il est probable que notre inconscient ait prit les rennes de notre choix et inversement.

La confrontation à la réalité, malgré l’inévitable deuil qu’elle porte en elle, est une étape nécessaire qui, si elle est dépassée installera le couple dans la durée.

Nous commençons doucement à désinvestir un peu le « tout à deux » pour retourner vaquer à nos occupations, à ce qui constitue notre moi profond. Investissement dans le travail, nos loisirs, les petites choses qui nous font plaisir à nous.

Parallèlement, nous apprenons à mieux connaître l’autre, dans sa différence qui le fait si particulier, ses défauts qui apparaissent au grand jour et que nous avions diminués, mais aussi ses qualités ! Finalement le Prince charmant n’est pas si charmant mais il est tout de même pas mal !

A cela s’ajoute l’apprivoisement de ce lieu commun, l’espace du couple et de toutes ces choses que nous aimons faire à deux. On peut passer de « je » à nous avec une assez grande souplesse et installons progressivement cet équilibre. 1+1=3.  Il y a le « je » et ce que j’aime faire,« l’autre « différent de nous et « l’espace couple ». L’espace couple c’est le week-end, les soirées romantiquesavec son conjoint et avec les amis, s’occuper des enfants, les vacances et toutes ces petites choses que nous aimons particulièrement faire à deux ou en famille

L’identité d’un couple se construit dans l’union et la différence avec comme ciment, l’élaboration de projets à deux et le partage de projets communs et d’une vision plus ou moins commune de l’avenir et de la vie.

Le couple et l’expatriation.

L’expatriation à Dubaï est souvent, comme je l’ai déjà évoqué dans un article précédent[1]un processus qui peut mettre le couple à rude épreuve. On pourrait dire que le couple, sorti de son quotidien, de ses habitudes et loin de ses proches, se retrouve confronté, à une seconde épreuve de réalité. Lui incombe alors la tâche de se redéfinir, dans un nouvelenvironnement où tout est à reconstruire.

On se sent très souvent insécurisé loin de chez soi et cela peut créer pour certains un vacillement identitaire.  Les attitudes régressives sont nombreuses et la tentation de considérer l’autre comme un refuge au mépris du changement est importante.  Le couple doit s’approprier un nouveau projet commun, et recréer une forme de cocon de sécurité au sein duquel il pourra s’épanouir.

Ceci peut s’avérer parfois un choix salutaire, un nouveau départ, mais quoiqu’il en soit, il faut s’adapter. Ceci implique un bouleversement, une mobilisation des ressources au sein d’un inconnu à s’approprier.

Les rôles sont parfois à redéfinir, car chaque membre du couple vit une réalité différente. Souvent, l’un des conjoints vient pour une mission, un travail avec à la clé une promotion professionnelle alors que l’autre le vit plus comme un renoncement car il a dû quitté son emploi et faire le choix de rester à la maison pour s’occuper des enfants.

Ces enjeux différents peuvent-être être vécus comme un éloignement forcé et mettre le couple à mal. Tout est à refaire et chacun doit s’adapter, mobiliser ses ressources afin de retrouver un  équilibre qui lui est propre, pour permettre au couple de s’épanouir.

La thérapie de couple

Dans tous ces enjeux, le couple peut se perdre, il est possible alors qu’il vive une véritable crise identitaire et ne parvienne plus à fonctionner au sein d’un équilibre commun. La thérapie de couple constitue alors un soutien précieux car elle l’aide à revisiter son histoire, sa « préhistoire » et comprendre alors ce qui n’a pu être élaboré et revient sous la forme de symptômes : crise impossible, mal- à revisiter son histoire, sa “t séparer.  est alors un soutien précieux car elle aide le couple à revisiter son histoire, sa “têtre d’un ou des conjoints, envie de se séparer.

La communication devient alors impossible et l’incompréhension demeure.

La vie de couple est faite, comme celle de l’individu d’ailleurs,  de paliers et de crises, au combien nécessaire et qui permettent au couple de se réajuster tout au long de sa vie.

Cependant, le fonctionnement pathologique peut se cristalliser au sein d’une étape que le couple n’arrive pas à dépasser ce qui peut mener à sa perte. Une thérapie de couple prend alors tout son sens.  Le couple pourra au sein d’un environnement consacré à lui seul et avec l’aide du thérapeute, revisiter son histoire et comprendre par son élaboration, pourquoi il se retrouve tout à coup face à une équation devenue impossible à résoudre.

Pour conclure, je dirais qu’il n’y a pas un seul modèle de couple, chaque couple est différent, de par le rapprochement des deux identités qui le constitue.

Si l’espace commun se construit au sein d’un consensus qui respecte l’identité et l’épanouissement de chacun et se base sur l’échange, alors il est possible que celui-ci perdure autant dans ses crises que dans ses rapprochements.

Il est certain que si au sein du couple, la colère et l’incompréhension persistent, il est préférable d’aller consulter, afin que l’adage chéri de notre enfance, « et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants » puisse reprendre son sens ou au contraire ouvrir aussi la voie,  à une séparation salutaire.

[1]Voire « L’expatriation à Dubai : entre construction et déconstruction », Dubai Madame (2006)

Vanessa Bokanowski, French Psychotherapist - The French Clinic

Mrs. Vanessa Bokanowski

Counselor – Psychotherapist