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L’expatriation à Dubaï : entre construction et déconstruction.

L’arrivée à Dubaï est pour beaucoup un moment magique : le changement de climat, la plage, les nombreuses infrastructures et distractions que l’Emirat a à offrir… On parle alors d’un « effet lune de miel ».  On peut tout projeter dans ce nouveau monde qui nous tend les bras ! Souvent, le couple élabore autour de cela et c’est un nouveau départ, une possibilité de se réinventer, c’est aussi l’occasion pour les enfants d’être plongés dans un contexte international ! Cependant, il s’agit aussi, comme toute expatriation, d’un challenge à relever qui peut aussi se révéler problématique et mettre à mal les capacités adaptatives de chacun.

Quitter sa patrie peut largement renvoyer à la perte des repères et mobiliser assidûment les capacités identitaires de l’individu. Loin de ses proches, de ses amis, l’individu se trouve plus que jamais amené à puiser dans ses propres ressources pour faire face à ce nouvel univers qui au début ne le renvoie à rien. Tout est à construire, à reconstruire dans cette nouvelle réalité qu’il faut chercher à s’approprier.

Face à ces renoncements nécessaires, les attentes sont fortes, il faut que cette nouvelle aventure soit à la hauteur de ce que nous avons dû sacrifier pour s’y lancer ! La peur de décevoir l’entourage qui, sentant notre anxiété, s’émeut de notre courage de tout quitter comme ça, est omniprésente. Il faut lui montrer que cela en valait la peine, que c’est forcement pour une meilleure vie !

On peut être porté par ce nouvel environnement où tout est à découvrir ou au contraire, se sentir totalement perdu, en mal de repères.

La construction ou reconstruction dans un nouvel environnement est un processus qui prend temps, il s’agit de recréer du familier autour de soi dans un monde qui ne nous renvoie d’abord à rien. Toutes les habitudes sont chamboulées et il faut en construire progressivement de nouvelles. Recréer un nouveau chez soi, s’exprimer la plupart du temps dans une langue qui n’est pas la nôtre, s’adapter à un nouvel environnement de travail, trouver de nouveaux loisirs.

Certaines ont du quitter leur travail afin de suivre un mari qui, mondialisation oblige, tente une expérience internationale afin de booster sa carrière. S’ensuivent de longues heures de travail où bien souvent l’un des conjoints se retrouve seul à devoir prendre en charge toute l’intendance du foyer. Cela peut engendrer du ressentiment et un profond sentiment d’isolement.

Le couple peut alors vivre un moment de crise temporaire, de réajustement. Si l’un des conjoints vit ce moment plus mal que l’autre, il demandera alors à son « alter ego » de colmater les brèches, de jouer le rôle de son père, sa mère, sa meilleure amie et placera l’autre dans une demande impossible, car celui-cidoit aussi se mobiliser pour faire face aux challenges de cette nouvelle vie.

Le piège à éviter est de mettre sa vie entre parenthèses dans l’attente du retour au pays et de se sacrifier alors en quelque sorte à la carrière du conjoint.

Car c’est souvent l’individu seul qui doit se réinventer face à cette nouvelle réalité.  Et dans l’attente de s’approprier (ou de « faire sien » )le nouveau contexte avec son lot denouvelles rencontres, plongé dans le microcosme des expatriés où souvent tout le monde se connaît, tout le monde se parle ; on se retrouve souvent seul (à moins que tu précises que c’est toujours la femme mais alors tu dois le mettre plus haut !) face à sa propre souffrance. À l’occasion de nouvelles rencontres, on veut paraître sous son meilleur jour et gommer nos peurs et nos angoissesau risque de les oublier.

La nouvelle réalité peut être bien souvent source de déceptions, de frustrations et renvoie alors à la solidité psychique individuelle de chacun.

Finalement, on pourrait dire que l’individu expatrié est plongé dans une injonction paradoxale :il doit faire le deuil de son ancienne vie, mais cela le prive d’une partie de l’énergie dont il a absolumentbesoin pour pouvoir reconstruire un nouvel environnement dans lequel il se sentira en sécurité ! Il s’agit donc d’une véritable lutte, d’un challenge quotidien, entre construction et déconstruction.  En outre, ces moments de crise identitaire, propices aux mouvements de régression peuvent laisser resurgir d’anciens conflits douloureux non résolus de l’enfance que l’on pensait avoir mis derrière soi.

Il est tout d’abord essentiel, dans de tels moments, de se materner, c’est à dire d’être à l’écoute de ses besoins fondamentaux, de savoir se prendre par la main et reconnaître que l’on vit un moment difficile, fragilisant, et de faire taire les sentiments de honte liés à cette fragilité. Il s’agit d’accepter que l’on est humain(e) face à ses nouveaux défis.

Non, je ne suis pas Wonderwoman capable de tout régler et de me réinventer dans un contexte entièrement nouveau sans la moindre difficulté ! J’ai besoin de reconnaître et d’accepter que je puisse avoir des moments de déprime et d’angoisse liés à ce nouveau contexte. Il faut pouvoir laisser une place à ces sentiments nouveaux qui font partie du processus de deuil inhérent à la construction d’une vie nouvelle, de peur de les voir se cristalliser, parce qu’ignorés, et venir par la suite complètement submerger la personne. N’oublions pas que ce qui est ignoré, dénié revient toujours à la surface, parfois sous une autre forme !

Il est important de ne pas  s’isoler, à ruminer que finalement on n’y arrive pas comme on le voudrait. Trouver des personnes refuges, que ce soit la famille restée en France que l’on peut plus facilement joindre grâce aux nouvelles technologies ou même arriver à trouver sur place des personnes qui traversent la même chose et qui acceptent d’en parler.  Il s’agit alors de dépasser ce sentiment de honte lié à un malaise temporaire et accepter de se tourner vers des personnes nouvelles et oser parler de ce que l’on vit. On traverse toutes des moments de doute face à un tel bouleversement et trouver une oreille attentive qui aura aussi envie de partager ses expériences peut se révéler extrêmement bénéfique.

Chercher l’aide d’un professionnel de la santé dans ce moment difficile peut permettre de faire le point sur ce que l’on vit et s’avérer un accompagnement précieux dans la conquête de ce nouvel univers. Une mise au point, entre passé et avenir ne peut être que bénéfique pour se débarrasser du fardeau du passé et se tourner vers l’avenir, vers de nouvelles aspirations.

L’expatriation est toujours un moment de crise, c’est à dire de dépassement d’un nouvel équilibre pour en construire un nouveau. Il s’agit d’un phénomène normal qui pourra ensuite laisser place à l’éclosion de nouveaux projets et de nouvelles espérances. Alors, bonne chance à toutes !

Vanessa Bokanowski, French Psychotherapist - The French Clinic

Mrs. Vanessa Bokanowski

Counselor – Psychotherapist